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Cita de la semana


        Pues bien, cuantos nacieron de Gea y Urano, los hijos más terribles, estaban irritados con su padre desde siempre. Y cada vez que alguno de ellos estaba a punto de nacer, Urano los retenía a todos ocultos en el seno de Gea sin dejarles salir a la luz y se gozaba cínicamente con su malvada acción.
         La monstruosa Gea, a punto de reventar, se quejaba en su interior y urdió una cruel artimaña. Produciendo al punto un tipo de brillante acero, forjó una enorme hoz y luego explicó el plan a sus hijos. Armada de valor dijo afligida de corazón: "¡hijos míos y de soberbio padre! Si queréis seguir mis instrucciones, podremos vengar el cruel ultraje de vuestro padre; pues él fue el primero en maquinar odiosas acciones."
        Así habló y lógicamente un temor los dominó a todos y ninguno de ellos se atrevió a hablar. Mas el poderoso Cronos, de mente retorcida, armado de valor, al punto respondió con estas palabras a su prudente madre:
        "Madre yo podría, lo prometo, realizar dicha empresa, ya que no siento piedad por nuestro abominable padre; pues él fue el primero en maquinar odiosas acciones."
        Así habló. La monstruosa Gea se alegró mucho en su corazón y le apostó secretamente en emboscada. Puso en sus manos una hoz de agudos dientes y disimuló perfectamente la trampa.
        Vino el poderoso Urano conduciendo la noche, se echó sobre la tierra ansioso de amor y se extendió por todas partes. El hijo, saliendo de su escondite, logró alcanzarle con la mano izquierda, empuñó con la derecha la prodigiosa hoz, enorme y de afilados dientes, y apresudaramente segó los genitales de su padre y luego los arrojó a la ventura por detrás.

        No en vano escaparon aquéllos de su mano. Pues cuantas gotas de sangre salpicaron, todas las recogió Gea. Y al completarse un año, dio a luz a las poderosas Erinias, a los altos Gigantes de resplandecientes armas, que sostienen en su mano largas lanzas, y a las Ninfas que llaman Melias sobre la tierra ilimitada.

        Primero navegó hacia la divina Citera y desde allí se dirigió después a Chipre rodeada de corrientes. Salió del mar la augusta y bella diosa, y bajo sus delicados pies crecía la hierba en torno. Afrodita, diosa nacida de la espuma y Citerea de bella corona la llaman los dioses y hombres, porque nadó en medio de la espuma, y también Citerea, porque se dirigió a Citera. Ciprogénea, porque nació en Chipre de muchas olas y Filomédea, porque surgió de los genitales.
        La acompañó Eros y la siguió el bello Hímero al principio cuando nació, y luego en su marcha hacia la tribu de los dioses. Y estas atribuciones posee desde el comienzo y ha recibido como lote entre los hombres y dioses inmortales: las intimidades con doncellas, las sonrisas, los engaños, el dulce placer, el amor y la dulzura.
        A estos dioses su padre, el poderoso Urano, les dio el nombre de Titanes aplicando tal insulto a los hijos que él mismo engendró. Decía que en su intento, con temeraria insensatez habían cometido un acto terrible por el que luego tendrían justo castigo.

Hesíodo, Teogonía

Traducción de Aurelio Pérez Jiménez


Poema



Perdido en heridas. Un hombre que al habla corta raíces y que deja a la cosmología crecer sueños y velos para la vida.

Un hombre en el exilio.

Es incandescente, arde en escenas…

Es volátil fiera, mil vértebras rotas en el ahora, la imagen ya no es dura: vapor y aire. Baile, beso de fuego, rojo y negro, los límites lloran la carne vertida. La imagen es: un tigre que caza, en el momento fallido, encuentro de error y elegancia: captura fotográfica, acuarela. La técnica embaraza al tigre, que diluye su fuerza de agua.


El ojo ya nada ve, arde. Sólo vuela, sólo ave fénix y ceniza.



Edgar Campos  (20-05-2012)

L'harmonie musicale du silence

          Je me demande parfois jusqu’à quel point le travail du poète est un travail à rebours de son siècle, et jusqu’à quel point il en épouse les mouvements. Le poète se jouerait-il de la norme de la modernité tout en la respectant ? Ce que je vais dire est finalement assez banal, même cliché, et pourtant, il me semble terriblement vrai, comme toute vérité est terrible : nous vivons dans un siècle qui va bien trop vite, et qui fait trop de bruit. Je ne peux m’empêcher d’entendre du bruit partout, un fracas incessant et redondant, et aussi de voir du bruit partout : dans l’art, la mode, sur le visage des hommes. Avec le temps, j’ai appris à haïr le bruit. Il me semble que l’on aime surtout ce qui est rare, et le silence est devenu aujourd’hui d’une extrême rareté : un bien précieux. J’entendais il y a quelques mois le poète anglais Stephen Romer soutenir que, selon lui, le poète fait résistance, se démarque de son siècle, en prenant son temps. Selon lui, et selon moi aussi, le travail du poète est un travail de lenteur. Et c’est dans cette lenteur que l’on retrouve les exquises harmonies du silence, trop oubliées aujourd’hui. Plaisir aristocratique bien trop méprisé, celui de prendre son temps dans une harmonie silencieuse, comme un tableau de Whistler.

          Mes velléités poétiques partent de là, d’un souci de retrouver ce silence qui est tout sauf muet, mais qui au contraire possède la plus noble harmonie musicale. Je me suis employé à le créer dans mon premier recueil, Hypnoses, dont on peut trouver deux extraits ici. Permettez-moi quelques mots à son sujet, simplement pour mieux illustrer mon propos. Cette recherche du silence est partie de deux trouvailles (comme quoi, bien sûr, la trouvaille précède la recherche). La première, le silence de l’océan. Il m’est arrivé à plusieurs reprises de nager dans l’Atlantique, et de ne voir devant moi que l’immensité grise de la mer et du ciel, et n'entendre que le fracas des vagues. Or, si je plongeais dans l’eau, le silence était extrême, parfait ; la solitude était splendide. Si j’ouvrais les yeux derrière mes lunettes, je ne voyais qu’un paysage verdâtre, noir et flou qui s’étendait à l’infini. Il y avait dans ce sombre silence de l’eau froide quelque chose de sublime. Une deuxième trouvaille a été l’écoute de certains travaux de certains compositeurs, notamment de Philip Glass, Michael Nyman, Erik Satie, un peu Wim Mertens aussi (le sous-titre du recueil est Voyages à la manière de Glass, Nyman, Satie). À l’époque je ne pouvais qualifier leur musique autrement que de silencieuse, dans le sens où les harmonies, fondées souvent sur un système de constantes répétitions, avaient quelque chose d’aussi paisible et glorieux que l’expérience du silence. Chez moi, l’effet de cette musique comme de cette contemplation sous-marine produit quelque chose d’absolument hypnotique. Quand je dis hypnotique, je veux dire un saisissement absolu et silencieux tout autant physique que spirituel, comme si corps et âme étaient momentanément déplacés dans un monde plus froid, plus beau, et en même temps plus passionné, angoissé, sublime et glacial, harmonieux. Voilà ce que je veux dire par « silence » : une contemplation glacée et vécue de l’infini intérieur par l’âme et le corps. C’est cette véritable aliénation hypnotique dans le silence qu’il m’importait de recréer. Depuis, je l’ai trouvée exprimée ailleurs, et notamment chez Odilon Redon (aussi chez Marcel Schwob, dans ses Vies imaginaires), auquel j’ai consacré quelques mots dans un petit texte intitulé Silences fantastiques d’Odilon Redon que vous pouvez retrouver ici.

          Quand je terminai ma composition, je la donnai à lire, entre autres, à mon ami et cofondateur de ce site Edgar Campos. Il me dit qu’il y avait quelque chose dans mon style qui me faisait paraître tellement froid, insensible et distant par rapport à ce que j’écrivais, que l’on aurait pu croire que je m’ennuyais en l’écrivant. Si c’était là la sensation produite, quelque chose ne s’était pas bien passée. La froideur, l’impassibilité étaient voulues et nécessaires. La distance, non. Je me suis trouvé ressemblant à ce Steiner de La Dolce Vita, auquel une poétesse anglaise dit : « Tu es primitif comme une flèche gothique, et tu es monté si haut que tu ne peux plus rien entendre », et qui répond : « Ah bon ? Et pourtant, si tu me connaissais vraiment, tu verrais que je ne suis pas plus grand que ça ».

          J’appelle silencieux l’art qui parvient à bouleverser des corps et des âmes par une harmonie froide. Je dis bien « froide », et non pas « mesurée », ce qui la plupart du temps ne veut dire que « timorée ». J’ai l’impression que les arts aujourd’hui sont souvent un peu trop bruyants. L’âge des notes discordantes, des hurlements, de la disharmonie est passé. Sans doute, il fut nécessaire à un moment où l’art et la littérature devaient se libérer des vieux carcans rances par des révolutions hurlantes et scandaleuses. Je pense qu’il est temps de retrouver la froide harmonie du rêve, la « belle apparence » (au sens nietzschéen du terme) apollinienne et silencieuse, ne serait-ce que parce que la vie semble l’avoir oubliée. Comme le silence, le bruit ne relève pas seulement d’une question purement sonore. Une littérature trop conceptuelle, par exemple, qui enchaîne les technicismes et exhibe de façon obscène son érudition, je trouve cela bruyant, parce que, spirituellement, cela fait du bruit. Cette poésie que certains aiment tant, aux rythmes saccadés, aux phrases méchamment tronquées, à la syntaxe secouée comme dans un shaker, sans aucune subtilité, j’appelle cela bruyant. Les exclamations, les emportements passionnels, les recours excessifs aux ressources typographiques (je pense notamment aux slashs ou aux « caractères spéciaux »), je trouve tout cela bruyant. La bêtise surtout est bruyante. Elle crie, elle frappe, elle hurle, elle secoue et se secoue. Le silence est une affaire de raffinement.

          En vérité, j’ai l’impression que ce monde pressé et bruyant nous pousse à la fuite, à la recherche d’un silence qui est toujours au-delà. J’ai essayé de le retrouver avec une deuxième composition dont on trouvera bientôt des extraits sur le site. Je me demande parfois si je suis le seul à croire qu’il est important de retrouver une forme d’harmonie silencieuse, passionnée mais froide, tragique car dionysiaque dans l’apollinien, en poésie et en art. Je pèche peut-être de classicisme. Il me semble pourtant qu’il serait bon de rendre à l’art ses anciennes capacités hypnotiques, dans la lenteur et le silence. Cela revient à faire de l’art l’élément magique qui nous apportera ces deux luxes si rares aujourd’hui. Je pense que certains auteurs ont commencé ce parcours. Je trouve cela avec force dans le style, par exemple, de Pascal Quignard, et surtout dans une œuvre comme Vie secrète. Je le trouve aussi chez certains cinéastes, et je pense que The Tree of Life de Terrence Malick et Melancholia de Lars Von Trier nous ont fourni récemment quelques véritables trouvailles là-dessus. Je n’en dis pas plus sur ces films, j’aurai sûrement l’occasion d’y revenir plus tard. Il m’importait seulement aujourd’hui d’évoquer ces quelques idées qui, je crois, devraient prendre une part majeure dans les recherches esthétiques contemporaines. La divine musique du silence ne s’achète pas. 



Arturo Sanchez (06-05-2012)
© Philip Glass /  CBS Records / Sony Classical pour le morceau "Closing" extrait de Glassworks (1982)

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